Ce fut pour moi une déception...une déception que je ne m'avouai pas, ni alors ni plus tard ; mais le sentiment d'une femme sais tout, sans paroles et sans conscience précise.
Car...maintenant je ne m'abuse plus..., si cet homme m'avait alors saisie, s'il m'avait demandé de le suivre, je serais allée avec lui jusqu'au bout du monde; j'aurais deshonoré mon nom et celui de mes enfants....
Indifférente aux discours des gens et à la raison intérieure, jeme serais enfuie avec lui, comme cette Madame H. avec le jeune Français que , la veille elle ne conaissait pas encore...
Je n'aurais pas demandé ni ou j'allais, ni pour combien de temps; je n'aurais pas jeté un seul regard derrière moi, sur ma vie passée...
J'aurais sacrifié a cet homme mon argent, mon nom, ma fortune, mon honneur...
Je serais allée mendier, et probablement il n'y a pas de bassesse au monde à laquelle il m'eut amenée a consentir.
J'aurais rejeté tout ce que dans la société on nomme pudeur et réserve; si seulement il s'était avancé vers moi, en disant une parole ou en faisant un seul pas, s'il avait tenté de me prendre, à cette seconde j'étais perdue et liée a lui pour toujours.
Stefan Zweig